
Un melting-pot bizarroïde et déjanté aux influences freak folk, cabaret, classique, darkwave, flamenco, pop… il y a de tout dans Laylania!
Laylania, donc, est le nom adopté par Akiko pour un concert unique donné l’an dernier à Tokyo, et il se trouve que cet EP aurait un lien avec le concert sus-cité, que j’avoue ne pas avoir très bien saisi (je suppose qu’elle a dû jouer certains titres en preview ce jour-là?). La première chose qui surprend, c’est bien évidemment la pochette, très cartoon, voire enfantine, burtonesque même (ne me demandez pas pourquoi je vois Tim Burton partout, dans la suite de l’article ça n’ira pas en s’arrangeant…) dont les couleurs flashy, et surtout ce rose fluo, me sortent vraiment par les yeux… une fois l’objet entre les mains, le ressenti est cependant très différent tant le packaging tout comme le design général du livret, du CD et du digipack ont été soignés. Les artworks intérieurs sont cohérents et en phase avec la bizarrerie musicale du disque, c’est certes très différent de ce qu’on voit d’habitude, mais il s’agit pourtant de la même artiste qui a réalisé les covers de Istoria ~Musa~ et Istoria ~Kalliope~, dont il est possible d’admirer le travail ici. Notons que le site web réalisé pour la promotion de Laylania a aussi fait l’objet d’un travail graphique soigné. On y apprend même qu’Akiko vient de lancer son fan-club (réservé aux japonais, évidemment, hin hin).

La Déesse nous a concocté un mélange explosif dans lequel ont certainement dû se glisser quelques substances pas très nettes.
Album bipolaire (évidemment) et inégal (fatalement), les premières écoutes de Laylania ne sont guère faciles. Les connaisseurs de l’artiste ne seront pas surpris puisque, à l’exception de son chef-d’oeuvre néoclassique Raka, ses oeuvres sont réputées pour être particulièrement difficiles d’accès. C’est que la musique d’Akiko Shikata ne ressemble à rien de connu, est souvent dense, bourrée d’éléments inattendus, d’effets spéciaux étranges, d’instruments qu’on n’a pas l’habitude d’entendre associés ensemble, et son interprétation vocale schizophrène (tantôt petite voix toute douce, choeurs épiques monumentaux, chant lyrique ou voix grave de folle), voire franchement excentrique par moments peut dérouter. Le premier mot qui nous vient généralement à l’esprit lors des premières écoutes est "bizarre".
Premier changement: des chansons étrangement assez courtes, entre 3 et 5 minutes seulement. Deuxième changement de taille par rapport à tout ce qu’Akiko a sorti depuis 2009 et l’album Harmonia, qui se caractérisait par des arrangements très chargés et une abondance de parties vocales: Laylania est beaucoup plus léger, tant dans l’instrumentation que les parties chantées, qui contiennent moins de choeurs qu’à l’habitude et surtout beaucoup moins de chant lyrique, ce qui est à double tranchant: d’un côté les arrangements, plus folk que néoclassiques, sont très réussis, et cette légèreté rappelle le style de son excellent premier album, Navigatoria, que l’on croyait perdu puisqu’elle s’en été éloignée radicalement depuis des années. D’un autre côté, la voix perd beaucoup en profondeur et en émotion, puisque qu’Akiko a choisi de chanter avec cette petite voix qu’on lui connaît bien depuis Harmonia et qui peut être agaçante par moments. On est donc très loin du chant néoclassique de Raka. Or si cette voix convient pour des chansons plus enjouées ou excentriques comme la chanson-titre ou encore la délirante Fujouri≧Tanoshii?, d’autres titres y perdent comme la très belle Ta Fatie, qui aurait pu être sublime si Akiko avait eu l’idée de la chanter entièrement en lyrique. D’ailleurs, à 2:08, elle nous nargue en usant de sa voix de soprano qui n’a rien perdu de son effet si particulier (histoire de nous montrer qu’elle sait toujours chanter? On aurait tendance à l’oublier…). Je l’ai beaucoup pensé lors des premières écoutes, je le pense toujours un peu: Laylania est un gâchis vocal, dans une moindre mesure certes, mais la frustration qui en découle gâche le plaisir d’écoute. Si l’on finit par s’y faire, c’est que les chansons sont intrinsèquement excellentes ou tout du moins très bonnes (sauf une, mais nous y reviendrons) et les arrangements inattendus et intelligents, prouvant une fois de plus le talent certain d’Akiko en la matière. Le problème, c’est que depuis 2009 et l’album Harmonia, l’apparition de la voix lyrique qui en avait enchanté plus d’un sur Raka se fait pour ainsi dire sporadique; on y a parfois droit dans des choeurs noyés sous une masse d’instruments ou au détour d’un refrain, ou dans certaines chansons méconnues comme la très belle Au GuMu, qu’une poignée de gens seulement ont entendu… sur Laylania, c’est d’autant plus frustrant que c’est le seul défaut majeur. Bref, si on a affaire à un album très éclectique musicalement parlant, ce n’est pas le cas vocalement parlant, et quant on connaît les capacités vocales de l’artiste, qu’elle s’évertue à sous-employer depuis des mois, c’est vraiment regrettable, pour ne pas dire incompréhensible. Vous savez désormais pourquoi, en ce qui me concerne, les premières écoutes de Laylania furent non seulement déconcertantes, mais décevantes.
Mais… évidemment, comme tout album d’Akiko Shikata qui se respecte, Laylania est un grower. Les premières écoutes ne voulant donc pas dire grand-chose, j’ai attendu -tout comme pour Utsusemi- d’avoir bien digéré l’album avant de pondre cette chronique, ce genre de musique nécessitant un certain recul. Et comme à chaque fois ou presque, j’ai fini par apprécier la quasi-totalité de cet EP, tellement bizarre et donc si attachant. La magie Shikata opère à nouveau! Tout se passe comme prévu, je ne vais pas pouvoir descendre Laylania en flèche comme je l’avais fait pour Utsusemi… Comme les 7 titres dont il est question sont très différents les uns des autres, un review piste par piste est justifié. C’est parti!
Laylania
La chanson-titre est l’une des meilleures surprises de cet EP. Elle ne m’a pourtant pas bluffé à la première écoute mais c’est aujourd’hui, avec Ta Fatie, celle que j’écoute avec le plus de plaisir. Akiko y renoue en effet avec un style qu’elle n’avait jusque-là expérimenté qu’une seule fois: le jazz! Pour autant, ce titre est bien différent de La Corolle qui était plus intimiste, mystérieux. Laylania est au contraire très enjoué, dans un style folk cabaret un tantinet excentrique qui rappelle Sherry que j’ai postée récemment. C’est frais, un rien mutin, et joliment entraînant. Une belle surprise que ce titre peu ordinaire!
Ta Fatie
Et voici la chanson la plus sombre de l’album, avec son atmosphère gothique à la Tim Burton et son arrangement original qui oscille entre post-rock, neofolk et darkwave. On peut regretter l’emploi de la "petite voix" au détriment d’un chant plus lyrique, mais elle contribue au côté mystérieux-dépressif de ce titre élégant et émouvant qui a beaucoup de charme. Un peu comme pour l’excellent VII qui servait de B-side sur le single de Katayoku no Tori, le choix vocal m’a rebuté au début, mais la chanson m’a finalement conquis, voix comprise. Très très bon titre, sûrement le meilleur des 7.
Fujouri≧Tanoshii?
Après la darkitude de rigueur, déesse schizo oblige, place à quelque chose de radicalement différent avec ce titre totalement délirant qu’est Fujouri≧Tanoshii? (littéralement, "l’absurde est supérieur ou égal à l’amusement (!)") où Akiko s’en donne à coeur joie dans le n’importe quoi. Par son côté enfantin et excentrique, elle rappelle EXEC_EP_NOVA/. et Pepen no Uta, ces deux chansons à part dans la discographie de l’artiste, mais Fujouri≧Tanoshii? donne mille fois plus dans le nawak et l’arrangement fait preuve d’une grande créativité (comparé à l’extrême pauvreté musicale, vous en conviendrez, de Pepen no Uta…). Pour couronner le tout, ajoutez une interprétation complètement borderline (Akiko utilise même sa voix lyrique sur la fin) et un texte hallucinant témoignant de l’usage de stupéfiants ou d’une expérience similaire… je vous invite à lire la traduction ici, c’est assez énorme! Titre très spécial donc, difficile à apprécier au début, mais audacieux et délicieusement étrange, comme son nom l’indique… rien à dire, je le préfère très largement à EXEC_EP_NOVA/. et Pepen no Uta.
Kaze wa Haruka na Asu wo Shiru
Voilà une chanson qui aurait pu aller avec l’article précédent sur Little Tempo tant les percussions et rythmes tropicaux y ont la part belle. Très surprenant de la part d’Akiko! On notera également de petites influences reggae et, surtout, un solo de gratte acoustique très flamenco inhabituel chez notre adepte du folk néomédiéval… Akiko prouve encore qu’elle n’a pas peur de se frotter à tous les genres, et la fusion fonctionne ici plutôt bien. Un titre entraînant à l’arrangement excellent, mais qui aurait peut-être mérité un refrain plus inspiré et moins commercial. Du coup, le soufflé est un peu retombé me concernant, mais je ne serais pas surpris qu’elle plaise à pas mal de monde.
Makuai~Kaokageuo: Sono Koro Dan’intachi wa Kentouchigaina Houkou wo Daisousakuchuu
Derrière ce nom à rallonge se cache un instrumental interprété par un orchestre classique et parsemé d’effets sonores étranges… encore une fois, composition et arrangement témoignent d’un certain talent, mais il est probable que beaucoup seront déconcertés par le côté bien barré de la chose. Personnellement, j’adore. Il y a un petit côté Kuro no Liliana ~Melancolia~, autre instrumental composé par Akiko en 2007 et que j’aimais aussi beaucoup, une ambiance très Tim Burton justement.
La ciel
Beaucoup en ont fait leur préférée, eh bien je vous l’annonce quand même, voici la pire chanson de l’EP… outre le titre foireux, ce titre composé pour un jeu vidéo sonne hélas comme un titre composé pour un jeu vidéo, très commercial et prévisible, et on va dire typiquement japonais (dans le sens business du terme…) Aucune inspiration donc même si l’arrangement est, comme d’habitude, plutôt bon et même original par moments, ce qui ne peut suffire à sauver une composition aussi creuse. La chanson commence par un effet façon disque rayé, c’est très original Akiko je te l’accorde, mais ce sera sans moi… Bien que très formatée, La Ciel reste écoutable si vous aimez ce genre de musique mais pour moi, ce sera plus un guilty pleasure qu’autre chose… ou quand Akiko Shikata se prend pour Nana Mizuki… c’est Utsusemi bis!
Toumei Nostalgia
Encore un titre bien différent des autres: il s’agit d’une balade douce, un peu mielleuse, aux sonorités nostalgiques légèrement années 80, et toujours interprétée avec cette petite voix que j’aime bien critiquer (quand on a les moyens de faire mieux…). C’est là que le bât blesse: cette chanson aurait mérité d’être chantée en lyrique, elle était faite pour ça. Du coup, on se retrouve avec quelque chose de bon enfant au mieux, alors qu’interprété à la manière de Raka, on aurait pu tenir un titre avec une certaine consistance et de l’émotion… Toumei Nostalgia rappelle un peu, dans l’esprit, Aoiro Kanzume de l’album Harmonia, voire un tout petit peu l’esprit de l’album Navigatoria, en beaucoup moins habité. On appréciera néanmoins le retour de l’accordéon, instrument qu’Akiko avait pas mal délaissé depuis ses débuts, au grand dam de ceux qui avaient adoré Haikyo to Rakuen et Navigatoria… Il n’en reste pas moins que faute d’un choix vocal adéquat, cette balade est condamnée à rester anecdotique dans la vaste discographie de l’artiste.
En conclusion…
Alors, que faut-il penser de Laylania? Déception ou folk avant-gardiste de talent? Et bien, un peu des deux. Frustration, tout d’abord, de n’avoir droit qu’à 7 titres (on attend un album complet depuis 3 ans!), dont un très commercial, et un autre quelque peu insipide et sans grand intérêt. Frustration aussi d’entendre si peu de lyrique, alors qu’Akiko ne cesse de nous prouver qu’elle sait toujours chanter (encore très récemment sur la BO composée pour Ciel no Surge). Mais surtout, une excellente surprise grâce à 5 chansons hétéroclites et d’une grande qualité, dans lesquelles l’artiste parvient encore à innover et à surprendre grâce à des arrangements intelligents, élégants et plus sobres que les orgies néoclassiques sous acide de ces dernières années. Ici, c’est plutôt une orgie de couleurs, de sons, de rythmes divers et d’émotions variées, pour un album au final beaucoup plus positif et léger que de coutume (seule Ta Fatie est une chanson sombre). Totalement inclassable, Laylania est une bonne surprise et parvient à se hisser sans peine parmi les meilleures sorties de 2012 aux côtés d’Anoice (mais dans un style bien différent). Le digipack quant à lui est de toute beauté, et disponible comme d’habitude sur CdJapan et Yesasia. Les fans de musique folk mystérieuse et bizarre peuvent se le procurer sans hésitation, c’est du garanti jamais entendu avant… Une question reste en suspens: combien de fans de Tim Burton vont-il atterrir par erreur sur cet article? Ecouteront-ils Laylania? Sortiront-ils indemnes de l’éprouvante expérience Fujouri≧Tanoshii? Réponse dans un prochain post…
Sélection: Laylania, Ta Fatie, Kaze wa Haruka na Asu wo Shiru, Makuai machin truc (flemme de copier-coller)
Mes préférées sont la chanson tropicale et l’instrumental, où en effet on sent tout l’éclectisme de cette artiste et de l’innovation. En revanche, j’arrive pas à accrocher aux deux premières.
C’est normal aux premières écoutes, il m’en a fallu une bonne quinzaine. Pour La Ciel c’est l’inverse, je l’ai bien aimée au début, je peux plus la blairer aujourd’hui
C’est drôle parce que nos avis divergent pas mal pour le coup. Je trouve ce mini plutôt raté. La chanson titre étant la pire chose que j’ai entendu de sa part depuis… depuis… depuis toujours en fait. Le reste s’en sort heureusement un peu mieux sans pour autant être génial. Ma préférée est la dernière. Une belle ballade sobre et émouvante. Contrairement à toi je suis bien content qu’elle n’use pas de sa voix lyrique sur ce titre. Par contre je te rejoins, vocalement cet EP est très décevant, à part un passage vers le milieu de la 4ème chanson, sa voix m’a plutôt gavé. La ciel est sympa comme tout, je ne trouve pas la composition creuse, bien au contraire. Par contre le vrai truc qui fait chier c’est que la piste instrumentale est la meilleure compo de l’album. Pourquoi elle n’en a pas fait une chanson? Alala sacrée déesse. La piste enfantine est excellente dans le genre, elle est très inspirée et très réussie par rapport aux précédents essaies. ET pour finir, ta petite favorite Ta Fatie : Elle est pas mal aussi, j’aime beaucoup la compo comme toi, vocalement c’est sympa malheureusement comme pour le reste je trouve ça assez convenu.
En gros le mini n’est pas mauvais mais tellement en dessous de mes attentes. Je lui mettrai 12 ou 13/20 je pense, pas plus.
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